Paul POUVREAU

Né en 1956 à Aulnay-Sous-Bois
Vit et travaille à Paris et Argenton-sur-Creuse

                         

Cabane (2004)
Durée : 15 minutes

Paul Pouvreau, photographe contemporain, est un artiste travaillant en lien avec son époque. C’est à partir de banals matériaux du quotidien ; ustensiles ménagers, emballages, journaux, cartons et autres sacs en plastique, que l’artiste crée ses œuvres. Depuis le début des années 80, il met en scène ces objets quelconques et les organise de manière à concevoir des saynètes dont les objets sont les acteurs immobiles. L’artiste parvient à construire et à laisser une trace autre que le simple déchet dans le monde éphémère de la société de consommation.
« A la manière d’un ready made aidé, explique Pouvreau, la photo tente de porter attention à ces petits riens dans lesquels se loge souvent presque tout »

 

 

Paysage (1997)
Photo, 85 x 124 cm

 

L’attention que l’artiste porte au paysage ainsi qu’à l’utilisation du carton n’est pas nouvelle. Il utilise de manière systématique les cartons trouvés dans la rue et recouverts de logos afin de ré-exploiter ces « résidus d’images ».
Pour ce qui est du paysage, Paul Pouvreau lui avait déjà consacré une œuvre photographique. Paysage mettait en scène un carton sur lequel figurait un paysage très stylisé. Celui-ci s’accompagnait d’un tapis d’herbe synthétique et d’un fond bleu uni, revisitant ainsi les codes traditionnels du paysage : le format horizontal et la répartition harmonieuse entre la terre et le ciel qui marque l’horizon. Depuis cette photographie qui date de 1997, le travail de Paul Pouvreau a évolué vers des constructions en carton telle que Cabane (2004).
 
L’artiste n’aime pas parler de sculpture mais plutôt d’architectures sommaires au même titre que les matériaux qu’il utilise dans son travail. Comme pour les images sur les cartons, c’est ici le degré zéro de l’architecture, une architecture minimale, dont les dimensions sont de proportions humaines. Selon l’artiste, une architecture familière comme peut l’être cette cabane de jardin ne peut pas être appréhendée comme une sculpture.
Il est important pour Paul Pouvreau de garder cette proximité avec l’habitacle dans ses volumes comme la forme d’une intimité première et commune. C’est pourquoi, il a choisit de  réintroduire dans cet espace culturel, la réalité d’un espace plus familier et plus commun à notre quotidien.

« Cabane » (2004), vidéo, durée : 15 minutes

En résidence au Parc Saint Léger de Pougues-les-Eaux, Paul Pouvreau décide d’implanter dans ce lieu une architecture en carton et de la livrer aux intempéries. Il résulte de cette intervention, un film et une photographie. Pour la réalisation de son film, Paul Pouvreau place sa caméra de manière à obtenir un plan fixe et serré sur l’une des façades de l’architecture. Il enregistre ainsi pendant 4 mois l’effondrement et la disparition de cette construction. L’artiste prélève 15 minutes de ce film qui constitueront la vidéo Cabane (2004).

Placée en milieu extérieur, cette construction éphémère présente sur sa façade les traces laissées par la pluie et les ombres des arbres obtenues par le passage de la lumière. La monstration de 15 minutes d’enregistrement sur 4 mois créer une accélération dans l’image et induit un certain mouvement sur la construction. La cabane devient alors l’écran permettant de voir les éléments naturels qui sont les principaux intervenants du paysage.
Paul Pouvreau songe particulièrement à figurer le temps, il apporte aussi beaucoup d’intérêt au contexte et au lieu qu’il choisit souvent proche de notre quotidien. Il propose ici de travailler dans un environnement tout autre, plus bucolique et champêtre. L’artiste aime en effet les contradictions et propose ainsi une composition qui vient basculer l’image lisse et calme du parc paysager de Pougues-les-Eaux. L’effondrement et l’étalage de ce volume au sol modifient le paysage initial. Cabane  ne veut pas fusionner avec le paysage, mais est plutôt considéré comme un « acte éphémère qui voulait poser là, au milieu de cet espace univoque, une contre image, un contretype à la représentation du paysage aujourd’hui » Paul Pouvreau 
L’autre contradiction de cette œuvre réside dans la construction elle-même ; cette cabane n’en porte que le nom car elle est en réalité impénétrable, elle ne présente pas les caractéristiques habituelles d’une habitation.
Paul Pouvreau joue sur les oppositions et les contrastes ; cette petite architecture de jardin posée à côté d’un centre d’art à l’architecture massive et imposante crée une dimension humoristique qui nous rappelle assez bien l’ambiance ironique qui régnait dans ses mises en scène.